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Le cas MORETTI par Jean COCTEAU
…Ce qui me frappe au premier coup d’œil, c’est
l’influence que le jazz (qui comme chacun sait, n’était pas de la
musique avant que des spécialistes s’en occupassent) l’influence dis-je,
que le jazz exerce sur un peintre qui ne cesse
d’entendre le tourne-disque lui inculquer le génie avec lequel les Noirs
usent de la trompette, du saxophone et du tambour.
Il arrive à des solistes de jazz de se perdre dans des improvisations qui
ne sortent pas de l’âme et ressemblent aux interminables confidences de
certains ivrognes. Mais lorsqu’un Armstrong, un Art Tatum, un Thélonius
Monk, un Clifford Brown impriment, comme le disait Gongora, la forme de
leur souffle aux trompettes, ou qqu’il leur pousse l’éventail de mains des
dieux hindous alors, c’est nous qu’ils enivrent et ensorcèlent. Moretti
ne peut s’empêcher de traduire sans relâche ces émouvantes algèbres du son
en courbes, en angles, en couleurs…
J.C
Les Lettres Françaises, 11 avril 1963
MORETTI ne pouvait ignorer l’aventure futuriste. Ses thèmes, ne fut-ce
que ceux des Musiciens de Jazz, sont autant d’images multipliées ou
d’images en mouvement dont il enregistre les états successifs.
MORETTI se perd volontairement ou involontairement, dans un lacis ou
une broussaille de boucles, de flots, de câbles, d’arabesques, de
méandres, de tresses de torsades. Dans ses dessins, le geste prime la
pensée ou, du moins, la précède. Mais la pensée n’est jamais absente.
En peignant, ce voyant en délire, écoute les disques de jazz et les
Negro Spirituals. La musique le fascine et l’envoûte. Elle crée autour
de lui, comme il le dit lui-même une muraille de silence.
Moretti est le peintre de la matière muée en énergie.
Waldemar Geroges
Raymond MORETTI, né le 23 juillet 1931 à Nice, de parents italiens ayant
fui l'Italie fasciste de Mussolini. Son père est un charpentier anarchiste
de
Toscane et sa mère une femme de ménage
ombrienne. Ses oeuvres illustrent régulièrement les couvertures du
magazine littéraire. La plupart de ses œuvres se trouvent actuellement
dans les musées et les collections du monde entier. Mort à Paris le 3
juin 2005.
A découvrir à la galerie CaD, 22 Rue des Augustins à HUY inauguration dès
19h, lors de l’exposition du concert le 27 juillet à 20h30.
Présentations de nombreuses lithographies sur le thème de la musique jazz
et sur les chansons de Jacques BREL.
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